Alors que des pays européens comme la Suède ou la Lettonie mobilisent de nouveau les jeunes sous les drapeaux pour contrer la menace russe, en France, la question du rétablissement du service militaire se pose et amène bien des débats.
Auteur : Alix CARON
L'article qui suit est une synthèse d'un travail plus large, une enquête de terrain réalisée en décembre 2024. Il n'implique que la responsabilité de son auteur.
La fin des "soixante-dix paisibles"
L’invasion russe en Ukraine le 24 février 2022 marque la fin des “soixante-dix paisibles” de Michel Serres, et pose une question majeure pour la France : l’armée française est-elle préparée à un conflit ouvert ? A-t-elle assez de troupes ? Son armée est-elle suffisamment moderne ?
Lors de sa première campagne en 2017, Emmanuel Macron avait énoncé l’idée d’un rétablissement du service militaire obligatoire, supprimé trente ans plus tôt par Jacques Chirac. Loin de l’idée d’envoyer des jeunes au front, il s’agissait davantage d’un engagement civique. Toutefois, le retour de la guerre en Europe replace ce débat au cœur des discussions politiques.
Sujet qui divise et qui s’intensifie à mesure que la guerre en Ukraine dure, le rétablissement d’un service militaire interroge sur de nombreux points : le coût budgétaire massif et son acceptation dans la société, notamment chez les jeunes. Cela interroge sur la potentielle réalisation d’un tel projet.
Un miracle budgétaire
Le service militaire obligatoire coûterait, selon Luc Ferry, ancien ministre de l’Éducation nationale, 3,3 milliards d’euros par an pour 600.000 appelés. En effet, il serait à la charge de l’État de loger, nourrir et blanchir ses conscrits, sans oublier la solde versée chaque mois. Une telle dépense est-elle envisageable au vu des difficultés budgétaires actuellement rencontrées ? De plus, comme l’affirme l’historien Maurice Vaïsse, « aujourd’hui la modification de la menace et la diminution des budgets militaires rendent impossible le maintien de gros bataillons fondés sur la conscription ». La guerre mute et les armées doivent s’adapter et se spécialiser. C’est tout l’enjeu de la loi de programmation militaire votée en avril 2025 par l’ancien ministre des Armées, Sébastien Lecornu : transformer les armées pour faire face aux nouvelles menaces et maintenir la France à son rang de puissance mondiale, en débloquant pas moins de 413 milliards d’euros. Ainsi, au-delà de l’aspect budgétaire, le service militaire, dont la durée serait plutôt courte, pâtirait du manque de spécialisation de ses recrues. En revanche, il est indéniable que les armées françaises ont besoin d’hommes et de femmes, prêts à s’engager pour des contrats longs, que ce soit dans la réserve ou dans l’armée d’active.
Le service militaire pourrait en partie pallier ce déficit. Toutefois, rendre obligatoire un tel service dérange.
Face aux avis divergents, le volontariat comme juste milieu
Le 5 mars 2025, lors d’une allocution télévisée, le président de la République, Emmanuel Macron, parle d’une « nouvelle ère » dans laquelle « face à ce monde de dangers, rester spectateur serait une folie, la patrie a besoin de vous et de votre engagement ». Les Français sont-ils prêts à servir dans cette « nouvelle ère » ? Pour 86% des Français, le service militaire devrait être rétabli, selon un sondage Ipsos du 15 mars 2025. Pour certains, au-delà de renflouer les effectifs de nos armées, le service militaire serait utile à la cohésion nationale, à l’insertion dans la vie professionnelle active et à l’assimilation de valeurs citoyennes. Cependant, pour d’autres, c’est une perte de temps qui reculerait l’âge de départ à la retraite et abaisserait les prestations sociales.
Alors choix ou obligation ?
Si le pourcentage diminue de façon significative entre les partisans d’un service obligatoire et ceux d’un service volontaire, on se rend compte tout de même que 53% des Français désireraient que le service militaire soit obligatoire, sans doute par soucis d’égalité. Pourtant, le volontariat semble l’emporter : 33% sont favorables au service militaire sur la base du volontariat.
Le renouveau du service militaire
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait annoncé vendredi 19 septembre 2025, la suppression du Service National Universel (SNU) pour « la création prochaine du service militaire volontaire ». C'est chose faite le vendredi 28 novembre 2025. Le Président Emmanuel Macron a annoncé la création d'un service militaire volontaire de dix mois, sur la base du volontariat. Cette formation militaire aurait pour but de soutenir l'arrière, l'Armée française étant une armée professionnelle de métier. Le nouveau service militaire, utile à l'acquisition de « l’esprit de discipline, {la formation} au maniement des armes, à la marche au pas, aux chants, à l’ensemble des rituels qui nourrissent la fraternité de nos armées et concourent à la grandeur de la nation » selon les termes du chef des Armées, repose sur un choix individuel et personnel, et permettrait de souder la nation autour de valeurs communes et répondre aux potentiels futurs conflits armés - le chef d'État-major des Armées, le Général Fabien Mandon, avait affirmé le 18 novembre 2025, qu'il fallait « accepter de perdre ses enfants ».